Lever le couvercle sur nos peurs…

Lorsque j’étais plus jeune, en l’absence de ma mère, j’écoutais Dossiers Mystères… Avez-vous déjà écouté cette émission? Une sorte de mélange de sciences-fictions et de faits réels irrésolus… Souvent plus de l’ordre du crime, de meurtriers en cavale, de phénomènes inexplicables, etc. Bref, j’écoutais cela en cachète! Le pire, c’était que cette émission jouait le soir et au fur et à mesure que l’émission progressait la noirceur s’installait à l’extérieur, comme à l’intérieur. Lorsque ma sœur y était, je lui demandais d’allumer les lumières en la suppliant avec une peur profonde, mais lorsque j’étais seul, je courais dans toute la maison pour allumer les lumières partout, partout, partout! Ma mère revenait de travailler tard le soir et se demandait bien pourquoi toutes les lumières étaient ainsi allumées. Cela vous est déjà arrivé? Étrangement, dans ces moments, la peur que me provoquait l’émission semblait se dissiper au fur et à mesure où j’allumais les lumières.

Vous en conviendrez qu’il s’agissait d’une méthode purement humaine et, j’oserais même dire enfantine, de chasser ma peur. En réalité, le problème soulevé à la télévision existait encore, mais les lumières allumées chez moi me faisaient croire qu’au moins dans mon monde il n’existait plus.

Allumer la lumière pour chasser la peur, ou courir en haut de l’escalier du sous-sol pour s’empresser de fermer la porte derrière nous ne sont certainement pas des façons réelles de lutter contre nos peurs irrationnelles, il s’agit même plutôt d’une façon d’éviter le problème. Et pourtant, une fois adultes, nous nous perdons bien souvent dans des luttes psychospirituelles contre les choses qui nous font peur, contre l’inconnu! J’aime appeler ça le phénomène du couvercle!

En effet, combien de fois, devant des parties de nous-mêmes qui nous font peur ou que nous ne voulons pas affronter, nous mettons le couvercle… mettre le couvercle du chaudron quand l’eau boue empêche momentanément de faire sortir l’eau du chaudron, mais bien rapidement, la force d’ébullition va faire soulever même le meilleur des couvercles. Au lieu d’affronter les vrais problèmes et de nous remettre en question, nous nous lançons dans des croisades contre des démons extérieurs, niant que, bien souvent, le problème a son origine en nous-mêmes.

Ainsi, même les plus fervents chrétiens se perdent facilement dans le piège de la loi, imposant aux autres et à l’Église des normes, des critères de fonctionnement, jugeant de qui mérite le ciel et de qui mérite l’enfer… quand eux-mêmes luttent secrètement contre leur propre démon et dans le fonds craignent pour eux-mêmes la damnation éternelle. Ils pensent ainsi qu’en se faisant défenseurs de la loi, ils vont être plus méritoires aux yeux de Dieu, puisqu’inconsciemment ils pensent ainsi mieux controller leurs pulsions. N’est-ce pas pourtant ce contre quoi le Seigneur nous met en garde?

« Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements; ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues; ils aiment à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi. Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé, et quiconque s’abaissera sera élevé.

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous dévorez les maisons des veuves, et que vous faites pour l’apparence de longues prières; à cause de cela, vous serez jugés plus sévèrement. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. » (Mt 23, 4-15).

La loi demeure bonne et nécessaire! La loi est d’abord là pour toi comme pour moi! Mais si vous ne faites pas la lumière sur vous-même, si vous ne reconnaissez pas votre propre faiblesse, si vous n’affrontez pas vos plus grandes peurs, vous resterez des chaudrons aux couvercles serrés qui de temps en temps laissent l’eau s’échapper malgré eux. Faire la lumière sur soi, c’est le premier pas pour reconnaitre que je ne mériterai jamais le royaume de Dieu, le paradis, que je ne serai jamais à la hauteur… mais que Dieu m’aime au-delà de ma faiblesse et m’aime au-delà de mon mérite… ainsi lorsque j’aurai pris conscience de cet amour de Dieu, je ne serai plus un inquisiteur qui impose des régimes dictatoriaux en guise d’évangélisation, mais je deviendrai un témoin que Dieu est plus grand que mon humanité et que son amour est plus grand que ma petite vision humaine.

La foi ce n’est pas un jeu de réalité virtuelle (jeu vidéo, G.N.), la foi c’est une expérience profonde de Dieu qui transforme toute ma vie. Nos églises se vident peut-être parce que nous ne sommes plus des témoins véritables de cette transformation intérieure?

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Nick