Je rêve d’églises vides…

Le trafic de ce matin me mobilise… les autoroutes bloquées m’ont fait prendre le temps d’un café. Et j’ai pensé à vous chers lecteurs, chers amis. Avez-vous remarqué les lectures que nous offre la liturgie dans les derniers jours? Depuis plus d’une semaine, celles-ci nous parlent de pardon, de l’importance de se remettre en question, mais aussi de la réconciliation avec nos frères et sœurs.

Ces textes ont été intercoupés par l’Évangile de la Transfiguration… mais est-ce vraiment une coupure ou une continuité? En fait, être transfiguré… découvrir le vrai visage de Dieu… se rendre compte que Dieu ne veut plus être « ententé » (OK… j’ai inventé ce mot, je veux dire qu’il ne veut pas se faire mettre à nouveau dans une tente). Nous sommes plutôt poussés à redescendre de la montagne, à aller vers nos frères et sœurs… tout cela ne signifie-t-il pas que nous devons devenir des porteurs de Dieu dans le monde? Que nos temples ne sont plus les seuls habitacles de la divinité, mais que nous le somme toutes et tous?

Et comment porter/apporter Dieu dans le monde si ce n’est par la qualité de notre être, de notre présence? Nous avons trop souvent entendu de beaux discours et de belles théories, mais avons été tout aussi souvent déçus par la qualité de présence effective et concrète ainsi que par des gestes. L’enseignement est vain sans les gestes concrets qui l’accompagnent.

Le pardon… voilà un enfant de l’amour. Un inévitable de l’amour véritable. Ne nous leurrons pas, le vrai pardon est exigeant, comme l’est l’amour authentique… Nous avons vraiment besoin de la grâce et de l’aide de Dieu. Laissons-nous transfigurer par LUI, laissons son exemple nous habiter tout entier. Si Dieu avait la même lenteur que nous à pardonner, nous serions vraiment tous et toutes dans le pétrin. Découvrir le pardon et l’Amour de Dieu, se laisser habiter par ces derniers est donc la première étape. Ainsi, porter Dieu sera toujours exigeant, mais deviendra évident.

Mes impatiences quotidiennes et mes jugements seront peut-être moins intenses et moins sévères, ils deviendront des occasions d’aimer et d’être porteur de Dieu. Dans le trafic… à la caisse de l’épicerie derrière la dame qui cherche son petit change pendant dix minutes… avec les personnes âgées pour qui je dois répéter ou entendre souvent la même histoire… avec ma conjointe, mon conjoint, mes parents ou enfants qui écopent plus souvent de mes mauvaises humeurs… Bref, dans tous ces moments du quotidien où je pourrais être un poids ou un élément de blessure, pourquoi ne pas choisir de porter Dieu?

Je rêve donc d’églises vides… oui, au moins pour un certain temps. Je rêve d’églises où règne l’harmonie véritable et non les regards hautains et les jugements gratuits. D’églises où les paroissiens laissent là leurs offrandes pour aller se réconcilier (cf. Mt 5, 20-26). En fait, c’est paradoxale, puisque nos églises se rempliraient davantage par la suite… nous serions alors vraiment reconnus par l’amour qui nous unit : « A ceci tous connaitront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35).

Bonne journée à vous… je retourne dans le trafic… je dois y apporter Dieu.

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Nick