Cher Yves, Mon très cher Yves

Je m’adresse à toi avec émotion, mais aussi avec deux leçons en arrière de la tête… tes deux insistances, pour ne pas dire obsessions. Brièveté et Amour.

Oui brièveté. Combien de fois tu venais en catimini pendant les messes du samedi soir à la cathédrale pour ensuite m’envoyer des courriels de recommandations et de reproches… en fait… un reproche… un gros reproche : « T’es long! »

Puis l’amour… oui l’amour. Combien de fois dans nos échanges réguliers par courriel ou durant nos repas hebdomadaires tu me faisais l’apologie de l’Amour. Pas n’importe lequel. L’Amour que Dieu nous porte. Tu me parlais des messages des évêques et leurs homélies et tu comptabilisais l’utilisation du mot Amour. Pis moi, bien je te regardais en souriant. Combien de fois tu me disais : « Toé pis ton C….. de sourire » oui… avec le mot que toi seul pouvais te permettre de dire en baissant la voix pour que personne chez Mikes ne t’entende.

Notre relation a commencé comme ça, dans le respect mutuel et dans l’admiration… mais aussi dans le scandale. Oh oui… comme jeune prêtre tu me scandalisais… ouf… je te le disais en plus. Puis dans le fonds, je ne te le disais pas, mais j’étais tellement fier et orgueilleux de notre relation. Me promener avec toi c’était comme se promener avec John Lennon, tout le monde te connaissait. Avec le temps, j’ai appris à te connaître et j’ai compris une chose fondamentale; à travers ta sensibilité et ton cœur si bon, à travers ta générosité et le don de soi, à travers tes nombreux écris et tes homélies tu as porté un combat beaucoup plus grand que tes deux insistances. En fait, ton combat était celui de la liberté évangélique. Tu avais connu cette institution opprimante que peut parfois devenir l’Église, ses nombreux scandales et ses manques de cohérences avec l’Évangile et tu voulais redonner Dieu au monde… tu voulais que les gens cessent de craindre, mais prennent conscience que Dieu nous aime dans tout ce que nous sommes.

Et lorsque j’ai réalisé le combat que tu menais, que j’ai goûté à tes déceptions face aux autorités et la situation de l’Église… lorsque j’ai compris que tu me voulais libre et heureux dans mon sacerdoce et non pas prisonnier des normes… c’est alors qu’à mes yeux tu es devenu un saint. Oui, un saint. Je te l’ai dit. Cette façon que tu avais d’être présence sans jugement est inégalée. Dire que je t’avais fait promettre de slaquer mon collet romain si tu venais avec moi à Montréal au restaurant en collet romain. Dire que je m’étais moqué de toi en riant de tes propos et de tes prises de position. Dire que tout ce temps, je passais à côté d’un trésor. Et pourtant, j’ai vraiment l’impression aujourd’hui que tu es ce grain qui, lancer en terre, meurt pour porter du fruit. C’est comme si quelque part, tu étais mort pour me donner des ailes… pour me donner la vie.

J’ai compris Yves, le Christ me veut libre comme il l’a voulu pour toi et laisser les êtres libres c’est aussi les laisser partir même dans ce moment où j’avais le plus besoin de toi. Tu as souri à l’Hôpital quand je me suis fait passer pour ton petit fils pour rentrer en dehors des heures de visite. Tu étais conscient pour un instant. En réalité, tu as été plus que ça pour moi et pour les autres, mais j’aime bien te répéter aujourd’hui ce que je t’écrivais toujours : je t’aime beaucoup. Donc voilà… salut grand-Pa!

À propos de l'auteur

Nick