Lorsque la vie dépend de la technologie…

J’y étais arrivé au crépuscule… c’était tout simplement magnifique… les arbres majestueux se multipliaient sur le long de la route et plus j’approchais de mon point d’arrivé, plus les variétés d’arbres se multipliaient luttant entre eux pour poindre dans le ciel bleu, d’un azur paisible… Ces arbres étaient porteurs de secrets, ils avaient vu de nombreuses voitures passées sur ces chemins entortillés au gré des montagnes et des vallées… il y avait eu ces familles joyeuses qui se dirigeaient vers leur chalet, ces couples en chicane qui au rythme de leurs «boudages» se rendaient au lieu du repos hebdomadaire… mais encore, il y avait ces solitaires qui, comme moi, partaient vers cet endroit méconnu du monde où le silence semble prendre forme, où il nous semble parfois entendre les anges entonner des hymnes et où il faut tout simplement accepter de ne plus rien contrôler. Sur cette montagne éloignée même du village de campagne où elle a émergé, j’arrivais finalement après une route pas très longue en soi… ce qui avait été long était plutôt l’attente de ce temps de repos, de silence, de prière et de retrait qui semblait ne jamais arriver au gré des occupations quotidiennes.

Mais voilà… c’était le dernier tronçon de route, la dernière montée… la montée de l’abandon… la montée de l’inconnu… la montée de la confiance… et jalonnant cette montée se trouvaient des arbres qui avaient perdu leur bataille, ses arbres qui avaient succombé aux tempêtes de la vie… et puis l’asphalte laissant désormais le relai à la «garnotte», j’arrivai au sommet… le voilà! Vous le voyez! C’est magnifique! C’est là… laissant poindre la joie et l’émotion, j’aurais pu verser quelques larmes, comme le pèlerin qui après des jours de marches pénibles arrive à Compostelle! Il est là… magnifique, céleste, «moyenâgeux», glorieux et pourtant si simple… Le monastère des Moniales de Bethléem de Chertsey!

Je m’y rendais pour prendre un temps d’arrêt… pour discerner… pour comprendre… pour laisser poindre le silence de Dieu, loin des bruits de la ville et des sonneries de mon cellulaire. Ah oui, parce que là… il n’y a pas de réception cellulaire! Tout t’oblige au silence. Ces sœurs de blanc vêtu, capuchon à la tête pour se laisser perdre en Dieu et laisser le mystère prendre le dessus sur notre humanité parfois trop chargée de mots… ce lieu empreint du chant des oiseaux qui se font même discrets pour ne pas briser la règle du silence… ce lieu où tout semble s’arrêter… où le son de la cloche est le seul rappel qu’il y a un horaire pour la prière qui rythme le quotidien. Tout dit Dieu!

C’est tellement divin de s’y retrouver… tellement divin que de s’y perdre… mais toujours aussi difficile de redescendre… Et pourtant Dieu n’est-il pas partout? Dieu n’est-il pas aussi dans notre quotidien? N’est-il pas dans mon prochain? Dans mon présent? Dans cette nature affaiblie par la pierre et les briques qui jalonnent mon quartier? Bien certainement, mais les yeux rivés sur mon écran, je passe souvent à côté. Les anciens avaient souvent vu le malin dans la création de l’internet et l’arrivée des cellulaires! En fait, l’humanité a souvent vu le malin dans le changement et la nouveauté. Le malin personnifiant nos peurs personnelles et notre besoin de sécurité! Mais à bien y penser… ils n’avaient peut-être pas tort! Ou du moins, pas tout à fait tort… le malin n’est pas dans l’objet ou dans le contenant, mais souvent dans celui qui l’opère et l’utilise. Ne pouvant utiliser mon cellulaire, je me rendais compte de ce qui m’entourait et appréciait mes réveils sereins et mes couchers paisibles… je n’étais plus mobilisé par mon réveil facebookien et mon couché Youtubien… Je goutais la vie! Je remarquais les moindres mouvements de feuilles et la douceur de la pluie qui s’y déposait…

Et vous? Vous laissez vous mobiliser par les sonneries multiples de votre téléphone intelligent? En fait, ils sont souvent beaucoup plus intelligents que l’on ose le croire puisqu’ils ont réussi à mobiliser notre vie. Pour ma part, je veux maintenant essayer de le dominer… ou du moins, de ne plus me laisser dominer par lui. Et vous?

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Nick